La Bioéthique dans la région MENA

La Bioéthique dans la région MENA

I- Introduction

A) -Institutionnalisation de la bioéthique en Occident

Au cour de la seconde moitié du 20ème siècle, la réflexion éthique s’est imposée partout dans le monde et elle a toujours le même objectif : sauvegarder l’humain dans toutes les situations où il peut être menacé. Cette réflexion s’est surtout développée dans les domaines des sciences de la vie et de la santé  (bioéthique) en raison des rapides progrès des sciences biologiques et des techniques médicales, d’autant plus qu’il est admis que tout ce qui est scientifiquement faisable n’est pas nécessairement souhaitable pour l’homme et peut même être déshumanisant.

La réflexion éthique est surtout personnelle et chacun de nous l’assume notamment dans sa profession, avec ses compétences et ses convictions. Mais elle est aussi collective puisque les hommes vivent ensemble et sont responsables ensemble du maintien sur terre de leur humanisme. En conséquence, dans  les  sociétés humaines  se sont progressivement créés, de par le monde, ces dernières décennies, des comités nationaux, régionaux ou internationaux de bioéthique. C’est ce qu’on appelle « l’institutionnalisation mondiale de la bioéthique ».

Cette institutionnalisation,  lorsqu’elle est nationale, s’est faite dans chaque pays dans des contextes différents. «  La bioéthique aux Etats-Unis, écrit Tristan Engelhardt, est un  des éléments de la culture séculière et une petite fille de la philosophie des lumières. » Et Daniel Callahan relève « que la première chose que les personnes engagées en bioéthique durent faire fut de mettre la religion de cote, »Toutefois cela n’a pas empêché la bioéthique de profiter partout ou elle a progressé de l’apport des morales religieuses.

En Europe, Louis Seve rend compte en ces termes, du consensus auquel est pervenu le Comité Consultatif Français  d’Ethique : « Dans le cas de la France (et de certain pays européens) la bioéthique a trouvé dans les lois en vigueur, une circonstance favorisante déjà ancienne : c’est l’existence d’une laïcité vivace qui a permis aux différents courants et opinions en bioéthique de se rapprocher, voire de s’accorder ». Malgré la pertinence de cette remarque, la plupart des pays occidentaux ont reconnu l’utilité d’insérer dans leurs comités de bioéthique  des représentants des familles spirituelles.

B) -Institutionnalisation de la bioéthique dans le Monde Arabe

Dans le pays arabes (Mashreq et Maghreb) où l’Islam est généralement prépondérant, la bioéthique se situe dans un contexte différent de celui de l’Occident. D’une part, ces pays ont encore peu connu le processus de sécularisation et de rationalisation qui a profondément marqué l’Occident pendant des siècles. D’autre part, les Etats  arabes concernés, relativement homogènes, sont moins disposés a légiférer dans des domaines qu’ils ne considèrent pas totalement de leur ressort et ou les valeurs véhiculées, dites  universelles, risquent de n’être pas pleinement assumées par leurs différentes communautés religieuses. Enfin, une large part de la population de ces régions, par besoin identitaire, ne se sent pas concernée par une bioéthique laïque  a l’occidentale et appelle a une islamisation de la réflexion éthique. Cette nécessité d’une référence religieuse a l’éthique est souvent fortement soulignée par les auteurs musulmans : Abd-al-Haqq Guiderdoni écrit : « L’éthique, dans la mesure où elle est ce qui permet à l’homme de rester humain, ne peut se passer d’une réponse à la question : Qui est l’homme ? Les hésitations de l’éthique actuelle sont relatives à la réponse à cette question. Présenter les principes fondamentaux de l’éthique en Islam requiert d’aborder la question de l’anthropologie islamique définie toute entière par le rapport de l’homme à Dieu. » Il faut dire que cette conviction n’est pas propre a l’Islam, elle est partagée par les trois religions monothéistes de notre région, même si chacune comprend a sa manière la part d’autonomie reconnue a l’homme et le fondement dernier de la dignité de celui-ci.

Ainsi, dans le Monde Arabe, la réflexion bioéthique s’est d’abord exprimée naturellement au niveau des responsables religieux : La première  «Conférence Internationale de Médecine » tenue en 1981, au Kowait, a été achevée par la rédaction d’un « Code Islamique d’Ethique Médicale ». Le premier « Congrès des Sciences Islamiques» tenu au Caire en 1985 et depuis les prises de positions des sessions annuelles des «Conseils des Académies Islamiques du Fiqh », sans parler des nombreuses  Fatwas (décisions en conformité avec le Droit musulman)  émises par les instances religieuses islamiques, le rappellent pleinement.

De leur côté, en maintes occasions, les instances religieuses chrétiennes et juives ont également explicité leurs convictions sur les valeurs qu’elles jugent fondamentales comme références d’une éthique humaine. 

Bioethique dans le Monde Arabe